Toute approche pratique doit reposer sur des fondements solides. Si ces fondements sont erronés, tout ce qui est construit dessus finira par s'effondrer. Ma compréhension des démons repose entièrement sur un principe qui peut paraître étrange, voire choquant :
Le problème de la possession démoniaque incombe avant tout à l'exorciste.
Cette affirmation semble paradoxale. Pourtant, nombre de vérités de la foi sont contre-intuitives. Le Royaume des Cieux appartient à ceux qui empruntent le chemin étroit plutôt que le large. Qui veut sauver sa vie doit la perdre. Les plus grands d'entre nous doivent se mettre au service de tous. L'Évangile enseigne à maintes reprises des réalités qui, vues d'un point de vue humain ordinaire, semblent à l'envers.
Ce principe appartient à la même famille de paradoxes.
Qu'est-ce qu'un problème ? Au sens courant du terme, un problème est quelque chose qui exige une action de la part de celui qui est capable de le résoudre. Un problème est une difficulté à surmonter, une énigme à résoudre, une situation qui requiert une responsabilité. Par définition, le problème appartient à celui qui est capable de le régler.
Un enfant qui se noie dans une rivière devient le problème de celui qui sait nager.
Un voyageur blessé au bord de la route devient le problème de celui qui peut lui porter secours.
De même, une personne souffrant d'une oppression démoniaque devient le problème de celui qui est capable d'intervenir.
C'est pourquoi, dans la parabole du garçon possédé, Jésus dit à ses disciples que de tels cas requièrent prière et jeûne. Fait significatif, il n'ordonne pas au garçon possédé de prier et de jeûner. La responsabilité incombe aux disciples, car le problème est devenu le leur.
Ceci soulève immédiatement une autre question :
Qui est l'exorciste ?
La réponse est étonnamment simple.
L'exorciste est celui qui se trouve en mesure d'aider.
Le plus souvent, il ne s'agira pas d'une figure spirituelle renommée. Ce seront les parents, les proches, les amis, les voisins ou les membres de la communauté. Ce sont eux les premiers à être désignés comme responsables, tout simplement parce qu'ils sont les plus proches de la personne possédée.
Tous les exorcistes ne possèdent pas les mêmes capacités. Les plus proches peuvent échouer pour de nombreuses raisons : manque de sagesse, de force, de foi ou de ressources. Dans ce cas, ils se tournent naturellement vers quelqu'un de plus compétent. La responsabilité se reporte alors sur les plus forts.
C'est précisément ce qui s'est produit dans l'Évangile.
Le père amena son fils aux disciples.
Les disciples échouèrent.
Le problème devint alors celui de Jésus lui-même.
La responsabilité suivit le chemin de la compétence.
Ce principe est incontournable.
Une fois ce fondement compris, la question pratique devient étonnamment simple :
Que doit faire concrètement l'exorciste ?
Jésus répond en quelques mots :
Priez et jeûnez.
Malheureusement, ces paroles sont souvent mal comprises.
La prière est souvent réduite à demander quelque chose à Dieu. Mais la prière enseignée par Jésus contient bien plus que des demandes. Elle inclut aussi des actions de notre part.
La prière « Notre Père » offre un guide précieux pour faire face à la possession démoniaque.
Le premier élément, et peut-être le plus puissant, est le pardon.
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »
Il ne nous appartient pas de pardonner nos propres péchés. Dieu s'en charge. Notre rôle est de pardonner les offenses que les autres ont commises envers nous.
Concrètement, cela signifie se libérer du ressentiment, des griefs, des condamnations et des blessures.
Rien ne me paraît plus puissant que cette simple pratique. On pourrait presque en faire un mantra spirituel :
« Je pardonne à cette personne.»
« Je pardonne à cette personne.»
« Je pardonne cet événement.»
« Je pardonne cette offense.»
On poursuit ainsi sans relâche, tel un ouvrier qui déblaye un champ pierre par pierre.
Après tout, le problème, c'est nous. La solution réside donc en nous.
Nombreux sont ceux qui récitent le Notre Père tout en gardant rancune pour chaque offense subie. Mais prier « Notre Père », c'est véritablement pardonner. Sinon, on se contente de prononcer des mots sans participer à la prière elle-même.
Le deuxième élément est l'humilité.
Ce verset :
« Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal »
recèle un enseignement profond.
Nul n'est à l'abri de la tentation.
Nul n'est à l'abri de la chute.
Nul n'est à l'abri de l'influence démoniaque.
Le sentiment de supériorité est en soi un danger.
Plus Dieu nous élève, plus nous devons être prudents.
Plus nous devenons forts, plus nous devons rester humbles.
Il est impossible d'affronter efficacement les ténèbres en se croyant juste. Les démons connaissent nos faiblesses mieux que nous.
L'humilité devient donc une forme de protection spirituelle.
Le troisième élément concerne le « pain quotidien ».
Ce pain ne se réduit pas à la simple nourriture physique.
Jésus lui-même l'a démontré dans le désert. Il aurait pu transformer des pierres en pain à tout moment. Pourtant, il a choisi la faim.
Pourquoi ?
Parce que le véritable pain qui le soutenait n'était pas le confort, mais la fidélité.
À cet instant précis, le véritable réconfort résidait dans l'acceptation de l'épreuve pour une cause plus grande.
Ceci nous amène naturellement au sens du jeûne.
Le jeûne est bien plus vaste que la simple privation de nourriture.
Le refus de s'alimenter n'est qu'un symbole.
Le véritable jeûne consiste à sortir volontairement de sa zone de confort.
Il s'agit d'accepter des fardeaux que l'on préférerait éviter.
Il s'agit de refuser de fuir ses responsabilités.
Il s'agit de dire :
« Ce problème risque de me poursuivre longtemps, et je resterai présent.»
C'est peut-être la leçon la plus difficile de toutes.
Le problème ne disparaîtra peut-être pas demain.
Si un problème se résout, un autre peut surgir.
Le monde est plein de souffrances.
La tentation est toujours présente de fuir, de se détourner, de laisser autrui porter le fardeau.
Mais la responsabilité spirituelle consiste à accepter que certains fardeaux nous appartiennent tout simplement, car nous sommes capables de les porter.
Cela devient particulièrement concret lorsqu'on s'occupe d'une personne souffrante.
Le plus facile est de pratiquer un exorcisme et de s'en aller.
Le plus difficile est de rester.
Rendre visite.
Écouter.
Accompagner.
Encourager.
Prier.
Veiller sur.
Tenir compagnie.
Il ne suffit pas de nettoyer la maison.
Il faut l'habiter.
La personne vulnérable ne peut souvent pas défendre seule sa maison. Les plus forts en deviennent donc les intendants pour un temps.
Ce principe est profondément ancré dans la création elle-même.
Dieu aurait pu créer chaque être humain également fort. Pourtant, il semble préférer un autre ordre. Certains sont plus forts que d'autres. Néanmoins, le but commun reste le même : tous doivent traverser le fleuve.
Les plus forts portent donc les plus faibles sur leurs épaules.
Cet ordre n'est pas inférieur à l'égalité universelle.
Il ne devient tragique que lorsque les plus forts abandonnent leur responsabilité.
Il en va de même spirituellement.
Il faut soutenir les faibles.
Il faut accompagner les vulnérables.
Il ne faut pas laisser les négligés seuls.
Car l'abandon est précisément ce que les démons exploitent.
Et si nous les laissons tomber et nous éloignons, ils reviendront à nous d'une manière ou d'une autre. Leurs souffrances nous le rappelleront. Leurs problèmes croiseront à nouveau notre chemin. Leurs blessures redeviendront notre préoccupation.
On ne peut échapper à cette interconnexion.
Par conséquent, le guide pratique pour affronter les démons est d'une simplicité étonnante.
Restez.
Pardonnez.
Humiliez-vous.
Acceptez le fardeau.
Restez présent.
Priez.
Jeûnez.
Prenez soin de votre foyer.
Tout le reste est secondaire.