Frères et sœurs, lorsque nous entendons le mot hospitalité, la plupart d'entre nous pensent immédiatement à la nourriture, aux préparatifs, aux efforts, au confort des autres. Nous imaginons une cuisine animée, une table propre et le souci de la perfection. L'hospitalité, dans notre esprit, est une action concrète. Mais dans le monde de Jésus, l'hospitalité obéissait à un ordre plus profond, une sorte de hiérarchie implicite – et si nous l'ignorons, nous passons à côté de ce que Jésus loue et corrige réellement dans certains des passages les plus célèbres des Évangiles.
Dans les Évangiles, les rôles s'alternent. Tantôt invités, tantôt hôtes. Jésus et ses disciples étaient souvent invités – non par faiblesse, mais parce qu'ils avaient été envoyés. Ils quittaient volontairement leurs foyers. Ils voyageaient léger, volontairement. Ils ne recherchaient pas le confort, car si tel avait été leur but, ils seraient restés chez eux. Ils cherchaient autre chose : être entendus. Ils sont venus apporter la paix, un message – repentez-vous, le Royaume de Dieu est proche – et la guérison et le réconfort. Leur besoin n'était pas le luxe ; leur besoin était d'être accueillis.
C’est pourquoi Jésus dit à ses disciples que lorsqu’ils entrent dans une maison, ils doivent observer si la paix y règne. Si c’est le cas, ils restent. Sinon, ils partent. Cela nous apprend quelque chose d’important : l’invité ne mendie pas une faveur. C’est l’hôte qui est évalué. L’hospitalité, dans le Royaume de Dieu, n’est pas une charité envers l’invité ; c’est un honneur rendu à l’hôte.
Ceci nous amène à la maison de Marie et Marthe dans l’Évangile de Luc 10. On entend souvent cette histoire comme si elle illustrait des types de personnalité : les gens actifs contre les gens calmes, les personnes anxieuses contre les personnes spirituelles. Mais Marie et Marthe ne sont pas des disciples ici. Ce sont des hôtes. Et les hôtes, à cette époque, avaient des responsabilités et un ordre à respecter.
Marthe fait ce que toute bonne hôtesse ferait. Elle prépare. Elle sert. Elle travaille dur. Et rien de tout cela n’est mal. Mais Marie fait quelque chose d’encore plus important : elle écoute. Elle accorde toute son attention à Jésus. Elle reçoit le message qu’il a apporté. Lorsque Jésus dit que Marie a choisi la meilleure part, il ne critique pas le service ; Il met l'accent sur l'hospitalité. Il affirme que l'écoute du message de paix précède le service du repas. Un repas servi sans attention est dénué de sens. Une activité sans accueil est une hospitalité incomplète.
Prenons l'exemple du dîner dans Luc 7, où Jésus mange chez un pharisien. Tout semble correct en apparence. Mais une femme entre – une femme connue pour être pécheresse – et elle fait ce que l'hôte aurait dû faire. Elle lave les pieds de Jésus. Elle les oint. Elle se montre attentive à lui. Jésus se tourne alors vers le pharisien et lui fait part de ce qui s'est passé : « Je suis entré chez toi, et tu ne m'as donné ni eau, ni baiser, ni huile.» Ce ne sont pas des reproches concernant des sentiments ; ce sont des constats sur l'hospitalité. Le pharisien a failli à son rôle d'hôte. La femme, elle, a réussi.
C'est là que le récit devient troublant, car il révèle qu'accueillir Dieu n'est pas une question de statut social, de respectabilité ou de bienséance. Il s'agit d'un accueil. La femme ne se contente pas d'éprouver du regret ; elle reçoit le message. Son repentir n'est pas abstrait ; il se concrétise par l'hospitalité. Et Jésus lui répond en lui offrant la paix. Ici, le pardon n'est pas une récompense pour l'émotion ; c'est un don offert à l'hôte qui accueille véritablement l'invité.
Tout cela nous révèle une vérité essentielle : le Royaume de Dieu ne repose pas sur des hôtes ou des invités impressionnants, mais sur un accueil juste. Les invités apportent la paix. Les hôtes sont honorés lorsqu'ils la reçoivent. Servir compte, mais écouter compte davantage. Fournir est important, mais recevoir la Parole est primordial.
Ainsi, la question que nous posent ces récits n'est pas : « Suis-je occupé comme Marthe ou silencieux comme Marie ? » Ni : « Ai-je le sentiment d'être suffisamment pardonné ? » La question est plus simple et plus exigeante : lorsque Dieu se rapproche de nous – par sa Parole, par ses messagers, par les besoins qu'il nous présente – l'accueillons-nous vraiment ? Ou restons-nous occupés, respectables et distraits, manquant ainsi le moment de sa visitation ?
Puissions-nous être des hôtes qui reconnaissent l'honneur qui nous est fait, qui écoutent avant de servir et qui reçoivent la paix si pleinement qu'elle puisse revenir en nous et demeurer dans notre maison. Amen.