Frères et sœurs,
aujourd'hui, nous abordons l'un des passages les plus mal compris du Sermon sur la montagne : les paroles de Jésus concernant la convoitise, l'adultère et le fait de se couper la main droite ou de s'arracher l'œil droit (Matthieu 5, 27-30). Pendant des générations, ces versets ont été abordés avec crainte ou culpabilité, car on croyait que Jésus décrivait un combat contre la tentation sexuelle si difficile que seule l'automutilation pouvait le résoudre.
Mais Jésus ne nous ordonne pas de nous faire du mal. Et il ne fait pas honte aux faibles. Il fait en réalité quelque chose de bien plus profond. Il nous montre le danger de l'orgueil spirituel et il nous ouvre le chemin d'une véritable fidélité à Dieu.
Regardons-les à nouveau avec un regard neuf.
1. Jésus commence par un commandement familier
« Vous avez entendu qu'il a été dit : “Tu ne commettras point d'adultère.” »
Tous ceux qui écoutaient Jésus auraient acquiescé. Ce commandement est l'un des piliers de la loi. C'est indiscutable.
Mais Jésus fait ce qu'il fait souvent : il prend une évidence et la renverse complètement, non pour condamner, mais pour guérir les cœurs.
Puis il dit :
« Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. »
Beaucoup s'arrêtent là et pensent que Jésus ne parle que des péchés sexuels. Mais le Sermon sur la montagne n'est pas un catalogue de péchés. C'est une radiographie spirituelle qui révèle le mal caché derrière tous les péchés : notre tendance à nous croire justes parce que nous évitons les fautes les plus graves et les plus évidentes.
Dans le passage précédent, Jésus a fait de même avec le meurtre.
Il a dit que la colère et les insultes peuvent nous conduire au jugement, non pas parce que la colère est aussi grave que le meurtre, mais parce que le cœur imbu de sa propre justice se croit pur simplement parce qu'il n'a pas commis l'acte extérieur.
Le même schéma se reproduit ici.
2. Le vrai problème n'est pas la luxure, mais l'orgueil
Si la luxure était le sujet principal, Jésus aurait pu en parler des dizaines de fois. Or, il ne l'a pas fait. Il évoque à peine la sexualité dans tout son ministère.
Ce dont il parle constamment – presque à chaque chapitre – c'est de la suffisance. C'est le terreau de tous les autres péchés. Jésus s'adresse à ceux qui pensaient :
« Je n'ai jamais commis d'adultère, je dois donc plaire à Dieu.»
Ils pensaient que leur obéissance extérieure les mettait à l'abri spirituellement.
Jésus leur dit : « Non. Le problème n'est pas que vous ayez évité le péché capital. Le problème, c'est que vous pensez avoir le cœur pur grâce à cela.»
Le danger n'est pas la luxure ; le danger, c'est l'illusion de la justice.
3. Que sont « l'œil droit » et la « main droite » ?
Jésus utilise alors une image saisissante :
« Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la.»
Personne ne croit que Jésus veuille que l’on s’aveugle littéralement ou que l’on se mutile. Même si c’était le cas, perdre un œil ne résoudrait pas le problème de la convoitise. Perdre une main ne changerait pas le cœur. Jésus le sait mieux que quiconque.
Alors pourquoi parle-t-il d’« œil droit » et de « main droite » ?
Parce que dans l’Écriture, l’œil droit est l’œil du jugement, l’œil par lequel nous nous mesurons, l’œil qui dit : « Je vois que je suis juste.»
Et la main droite est la main de la puissance et de la réussite, la main qui dit : « Je peux faire ce que Dieu demande.»
Jésus dit :
« La partie de vous qui doit disparaître est celle qui pense se croire juste par elle-même. La partie qui doit être retranchée est celle qui pense pouvoir atteindre la justice par sa propre force. »
En d'autres termes, nous devons nous défaire de notre orgueil, de notre confiance spirituelle en nous, de cette impression d'être meilleurs parce que nous n'avons pas commis les pires péchés.
Ce n'est qu'alors que nous pourrons véritablement suivre Dieu d'un cœur fidèle.
4. Pourquoi cela est important dans la vie de tous les jours
Soyons honnêtes : la plupart des personnes qui luttent contre la tentation reconnaissent déjà leur besoin de Dieu.
Le véritable danger réside dans la personne qui se sent spirituellement forte, qui pense : « Je ne suis pas comme ces pécheurs.»
Jésus s'adressait toujours avec le plus de fermeté aux pharisiens, non pas parce qu'il les haïssait, mais parce qu'il les aimait suffisamment pour affronter le mal qui rongeait leurs âmes.
Mon ami, le plus grand obstacle entre toi et Dieu n'est ni la convoitise, ni la tentation, ni la faiblesse, mais la conviction d'être déjà juste sans sa miséricorde.
Si ton cœur est brisé et humble, tu es déjà proche du Royaume.
Si ton cœur est orgueilleux et sûr de ta propre bonté, tu en es loin.
C’est pourquoi Jésus dit qu’il vaut mieux perdre une partie de soi-même — mieux vaut laisser son orgueil être brisé, mieux vaut s’arracher l’« œil » de la suffisance — que de s’accrocher à cet orgueil et de perdre son âme.
5. La Bonne Nouvelle cachée dans ces paroles difficiles
Il y a une profonde miséricorde derrière l’avertissement de Jésus.
Il ne dit pas :
« Détruisez-vous pour éviter le péché. »
Il dit :
« Laissez-moi détruire votre orgueil afin que vous puissiez être guéris. »
Celui qui s’humilie – dont la fausse justice est arrachée – trouve une paix que la convoitise ne peut troubler, une pureté qui ne vient pas de lui-même et une fidélité à Dieu qui ne flanche pas à la première tentation.
Le cœur brisé est le cœur pur. L’âme humiliée est l’âme fidèle. Celui qui reconnaît sa faiblesse est celui qui peut enfin se reposer sur la force de Dieu.
Conclusion : L’œil que nous devons perdre pour voir Dieu
Écoutons donc à nouveau les paroles de Jésus, mais cette fois avec compréhension :
- Ne vous arrachez pas l’œil.
- Ne vous coupez pas la main.
- Au lieu de cela, abandonnez la part de vous-même qui croit voir clair sans Dieu, et lâchez prise sur celle qui pense pouvoir tenir sans Lui.
Voici l'œil qu'il nous faut perdre. Voici la main qu'il nous faut couper. Et voici l'opération qui ne mène pas au désespoir, mais à la vie.
Car seuls les humbles, dit Jésus, verront Dieu. Seuls les contrit entreront dans son Royaume. Et seuls ceux qui renoncent à leur propre justice recevront la justice de Dieu.
Amen.