Mes bien-aimés, aujourd'hui nous nous penchons sur une scène familière des Évangiles : Jésus est assis à une table, entouré de collecteurs d'impôts et de pécheurs, tandis que les pharisiens, à l'extérieur, lui demandent : « Pourquoi ton Maître mange-t-il avec de telles personnes ? » Et presque aussitôt, une autre question surgit : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas comme nous et les pharisiens ? »
Ces questions peuvent paraître insignifiantes, voire mesquines. Pourquoi tant de bruit pour rien à propos des repas ? Pourquoi cette dispute sur le jeûne ? Mais il ne s'agit pas de questions futiles, et les pharisiens n'agissaient pas ainsi. Il se passe quelque chose de plus profond dans ces moments, quelque chose qui touche au cœur même de l'Évangile et au cœur de chacun de nous.
Les pharisiens observaient Jésus parce qu'ils avaient peur. Et leur peur n'était pas celle de perdre une discussion. Leur peur n'était pas celle de perdre la face en public, ni même celle de perdre leur influence. Leur peur était bien plus profonde, quelque chose de presque trop douloureux pour être nommé. Ils craignaient que Jésus ait raison. Ils craignaient que le cœur de Dieu ne soit infiniment plus miséricordieux, infiniment plus vaste et infiniment plus généreux qu'ils ne l'avaient jamais imaginé. Ils craignaient que le Messie, s'il venait vraiment, ne s'assoie avec ceux-là mêmes qu'ils avaient passés leur vie à éviter.
Réfléchissez-y un instant. Les pharisiens fondaient leur identité sur la pureté, la sainteté et la séparation. Ils avaient établi des lignes de démarcation nettes entre ceux qui étaient justes et ceux qui ne l'étaient pas, entre ceux qui appartenaient à la communauté et ceux qui en étaient exclus. Ils croyaient sincèrement et ardemment protéger la sainteté du peuple de Dieu. Et voilà que Jésus entre directement dans les maisons des collecteurs d'impôts. Il s'assoit à la table des exclus. Il accueille ceux dont la vie était empêtrée dans le péché et l'échec. Et à chaque personne qu'il pardonne, à chaque pécheur qu'il embrasse, il envoie un message discret mais inébranlable : « C'est ici que réside le cœur de Dieu.»
Le monde des pharisiens tremble à ce message. Car si Jésus a raison, alors la justice n'est pas ce qu'ils croyaient. Si Jésus a raison, alors la sainteté ne se préserve pas en évitant les pécheurs, mais se révèle dans leur guérison. Si Jésus a raison, alors la miséricorde prime sur l'observance des règles, la compassion sur les rituels, et l'amour sur tout le système qu'ils chérissaient. Leur crainte n'était pas que Jésus soit un faux Messie. Leur crainte était que le Messie soit totalement différent d'eux.
Et mes amis, avant de les désapprouver, nous devons reconnaître combien leur réaction est profondément humaine. Lorsque Jésus nous montre une vision de Dieu qui remet en question notre confort, notre statut, notre sentiment d'être « les bons », nous résistons nous aussi. Lorsque Dieu tend la main à ceux que nous ne comprenons pas, à ceux que nous désapprouvons, à ceux que nous avons du mal à pardonner, quelque chose en nous se raidit. Au fond de nous, nous portons aussi la crainte du pharisien : « Seigneur, les aimeras-tu vraiment autant que tu nous aimes ? Offriras-tu vraiment ta miséricorde là où nous aurions jugé ? Accueilleras-tu vraiment ceux que nous avons rejetés ? »
Jésus répond à ces craintes non par une leçon, mais par une table. Il s'assoit avec les pécheurs car la miséricorde de Dieu trouve sa plus grande utilité auprès des cœurs brisés. Il appelle les malades car la guérison est la gloire de Dieu. Il honore la repentance plus que la réputation. Et puis, il prononce les paroles que les pharisiens espéraient ne jamais entendre, tirées de l'Écriture elle-même : « Allez apprendre ce que signifie : “Je désire la miséricorde, et non les sacrifices.” »
La miséricorde, et non les sacrifices. La compassion, et non la séparation. Un cœur ouvert aux fatigués, et non un mur dressé contre eux. Voilà le Dieu que Jésus révèle.
Mes amis, l'Évangile n'est pas une invitation à prouver notre valeur. C'est un appel à reconnaître que nous sommes aimés, même lorsque nous ne le sommes pas. Ce n'est pas une échelle que les justes gravissent ; c'est un festin offert aux pécheurs. Et si nous écoutons attentivement, Jésus nous livre un dernier message, doux mais sans équivoque : « N'ayez pas peur de la miséricorde de Dieu. »
Voilà la leçon que les pharisiens ne pouvaient supporter d’apprendre, et c’est celle que nous sommes invités à apprendre aujourd’hui. Car dès lors que nous nous abandonnons à la vérité que la miséricorde de Dieu dépasse tout ce que nous pouvions imaginer, dès lors que nous acceptons que l’amour de Dieu s’étend au-delà de nos limites, alors l’Évangile cesse d’être une menace et devient liberté.
Approchons-nous donc de la table où Jésus s’assoit – non pas de la table que nous pensons mériter, mais de celle qu’il prépare pour tous ceux qui savent avoir besoin de sa grâce. Et lorsque nous le voyons accueillir ceux que nous avons du mal à accueillir, ne restons pas à l’écart, assaillis de questions et de crainte. Entrons avec gratitude et humilité, car la même miséricorde qui les accueille nous accueille aussi. Et dans cette miséricorde, nous trouvons le cœur de Dieu.
Amen.