Frères et sœurs,
On nous a enseigné – presque instinctivement – que la vie chrétienne est un chemin de croissance spirituelle. Nous nous imaginons gravir les échelons : de la faiblesse à la force, de l’ignorance à la compréhension, de la dépendance à la compétence. Nous parlons de devenir des « croyants plus forts », des « chrétiens mûrs », des « spirituellement riches ». Nous supposons que Dieu agit plus librement en ceux qui ont progressé sur ce chemin.
Et pourtant, Jésus dit quelque chose qui remet en question toute cette vision :
« Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. »
Remarquez ce qu’il ne dit pas.
Il ne dit pas : « Si vous ne grandissez pas au-delà de l’enfance. »
Il ne dit pas : « Si vous ne commencez pas comme des enfants et que vous ne mûrissez pas. »
Il dit : « Si vous ne devenez pas comme des enfants. »
Ce n’est pas le point de départ. C’est la porte.
Un enfant n’a pas de diplômes.
Un enfant ne revendique pas d’autorité.
Un enfant ne compte pas sur ses mérites spirituels.
Un enfant reçoit.
Cela n'apparaît nulle part plus clairement que dans l'image étrange et troublante de Jésus que nous offre le Coran – une image qui ne contredit pas les Évangiles, mais les éclaire. Là, Jésus parle depuis le berceau. Là, enfant, il façonne des oiseaux d'argile et leur insuffle la vie – par la permission de Dieu.
Arrêtons-nous un instant, car ceci est important.
Créer la vie n'est pas un petit miracle. Il ne s'agit pas simplement de guérir ce qui est brisé. Il ne s'agit pas de restaurer ce qui a vécu. Il s'agit de faire exister quelque chose qui n'a jamais existé auparavant. Et cet acte – cet acte stupéfiant – ne se situe pas au sommet du ministère de Jésus, non pas après des années d'enseignement et d'obéissance, mais au moment de sa plus grande dépendance.
Pourquoi ?
Parce qu'un enfant ne peut confondre la puissance de Dieu avec la sienne.
Un enfant n'a aucune illusion d'autosuffisance.
Un enfant ne peut s'attribuer le mérite spirituel.
Un enfant ne peut dire fièrement : « C'est moi qui l'ai fait. » Il dira plutôt : « Oh, je m'en suis sorti tant bien que mal. » Ainsi, le plus grand miracle se produit là où le danger de l'autosuffisance, de la dépendance exclusive à nos propres forces, est le plus faible. Moins nous comptons sur nous-mêmes, plus nous laissons d'espace à Dieu pour agir.
Ainsi, le plus grand miracle se produit là où le danger de l'autosuffisance est le plus bas.
Cela devrait nous troubler, car cela contredit la théologie selon laquelle nous avons appris à vivre.
Nous avons discrètement remplacé l'enseignement de Jésus par un autre évangile : l'évangile de l'accumulation spirituelle. Nous croyons que si nous prions davantage, si nous en savons plus, si nous nous comportons mieux et si nous mûrissons suffisamment, Dieu pourra enfin se servir de nous. Nous croyons que la puissance découle du progrès.
Mais écoutons l'apôtre Paul :
« Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.»
Paul ne le dit pas de façon poétique. Il le dit théologiquement. La force ne remplace pas la faiblesse. La force se révèle à travers la faiblesse. Lorsque la faiblesse disparaît, la puissance divine ne peut plus se manifester, et nous sommes alors réduits à dépendre uniquement de nous-mêmes.
Et cela explique pourquoi Jésus dit quelque chose d'encore plus choquant :
« Quiconque ne reçoit pas le Royaume de Dieu comme un petit enfant n'y entrera point.»
Le Royaume ne se mérite pas.
Il ne s'acquiert pas.
On n'y accède pas par la force.
On le reçoit – ou pas du tout.
Le Ciel n'est donc pas la récompense d'un succès spirituel. Le Ciel est la demeure naturelle de ceux qui ne comptent plus sur eux-mêmes. Et l'Enfer n'est pas seulement un lieu de punition ; c'est la condition finale de ceux qui s'obstinent à se fier à leurs propres forces.
L'Enfer, c'est l'autosuffisance absolue.
Le Ciel, c'est la dépendance absolue.
C'est pourquoi la croix prend tout son sens.
Sur la croix, Jésus ne manifeste pas sa domination.
Il manifeste son abandon.
Il ne cherche pas à contrôler.
Il s'en remet entièrement au Père.
Si la croissance spirituelle signifiait devenir plus fort, la croix serait un échec.
Mais parce que le Royaume repose sur la dépendance, la croix devient victoire.
Alors, qu'est-ce que la maturité chrétienne ?
Ce n'est pas devenir plus impressionnant.
Ce n'est pas devenir plus indépendant.
Ce n'est pas s'enrichir spirituellement.
La véritable maturité chrétienne, c'est devenir de plus en plus incapable de vivre sans Dieu.
C'est la lente agonie de l'autosuffisance.
C'est l'effondrement de l'orgueil spirituel.
C'est la liberté de ne plus avoir à se justifier.
Et c'est pourquoi Jésus place un enfant au milieu des disciples et dit : « Celui-ci est le plus grand. »
Non pas le plus obéissant.
Non pas le plus savant.
Non pas le plus discipliné.
Le plus dépendant.
Frères et sœurs, si votre foi vous semble faible, vous êtes peut-être plus proches du Royaume que vous ne le pensez. Si vos forces vous ont fait défaut, vous êtes peut-être enfin au bon endroit. Si vous n'avez rien à offrir à Dieu, si ce n'est le besoin, alors c'est précisément là que les miracles commencent.
Non pas parce que vous en êtes dignes.
Non pas parce que vous avez suffisamment grandi.
Mais parce que vous ne faites plus obstacle à sa réception.
Amen.