Objection 1 : « Vous réduisez la prophétie à de la simple rhétorique.»
Si Jésus ne prédisait pas principalement les événements futurs, alors ses avertissements concernant la proximité de la fin ne seraient guère plus qu’une rhétorique persuasive. Cela dépouille la prophétie de son caractère surnaturel et la réduit à une technique pédagogique.
Ma réponse :
Absolument pas.
Cette objection présuppose que la prophétie n’a de valeur que lorsqu’elle fournit des informations inaccessibles par des moyens ordinaires.
Or, les plus grands prophètes n’étaient pas de simples transmetteurs d’informations cachées. Ils étaient des artisans de conversion.
Lorsque Nathan a confronté David, l’enjeu central n’était pas la prédiction, mais la repentance.
Lorsque Jonas a averti Ninive, son but n’était pas de satisfaire la curiosité concernant l’avenir, mais de modifier les comportements présents.
L’élément surnaturel de la prophétie réside non seulement dans la prescience, mais aussi dans la compréhension divine de la condition humaine.
Mon interprétation ne réduit pas la prophétie à de la rhétorique. Elle lui restitue sa vocation éducative.
La mission du prophète n'est pas seulement de décrire la réalité, mais de transformer ceux qui l'écoutent.
Objection 2 : « Jésus a explicitement prédit des événements futurs.»
Les Évangiles contiennent de nombreuses références au jugement futur, à la venue du Fils de l'homme et à la fin des temps. Ce sont clairement des prédictions.
Ma réponse :
Je ne nie pas que Jésus ait parlé d'événements futurs.
La question n'est pas de savoir si des événements futurs ont été mentionnés.
La question est de savoir quel rôle ces événements futurs ont joué dans l'enseignement.
Un enseignant peut parler des conséquences sans pour autant en faire le point principal de la leçon.
Si un parent dit à son enfant :
« Continue de jouer sur la route et un jour tu te feras renverser par une voiture »,
le but n'est pas de donner des prévisions de circulation.
Le but est de modifier le comportement.
De même, les références de Jésus au jugement et à la fin servent l'objectif plus large d'éveiller la foi, la repentance et la disposition.
L'événement futur soutient la leçon.
La leçon n'a pas pour seul but de confirmer la prédiction.
Objection 3 : « Jésus a dit que certains d'entre nous, ici présents, ne mourraient pas avant d'avoir vu ces choses.»
Cela ressemble à une prédiction chronologique directe. Si la fin n'a pas eu lieu, alors Jésus s'est trompé.
Ma réponse
Cette objection présuppose que les paroles de Jésus doivent être interprétées selon les exigences modernes de précision chronologique.
Or, dans toute l'Écriture, le langage prophétique est souvent complexe, symbolique et instructif.
Plus important encore, mon argument ne repose pas sur la démonstration que chaque déclaration prophétique se réfère à autre chose qu'à la fin ultime.
Mon propos est plus simple.
Même si l'on admet que Jésus a parlé à plusieurs reprises comme si le moment décisif était proche, la valeur éducative de ces paroles demeure intacte.
L'objectif principal était de souligner l'urgence.
L'enseignement est efficace même si les générations suivantes continuent de ressentir cette même urgence.
L'efficacité de l'avertissement ne dépend pas de son rattachement à une date précise du calendrier.
Objection 4 : « Cela rendrait Jésus trompeur.»
Si Jésus savait que le monde continuerait d’exister pendant des milliers d’années tout en parlant comme si la fin était proche, cela ne serait-il pas trompeur ?
Ma réponse :
Seulement si l’on suppose que « proche » ne peut se référer qu’à la fin de l’univers physique.
Pour chaque être humain, la mort n’est jamais loin.
Demain, quelqu’un mourra.
L’année prochaine, d’innombrables personnes mourront.
Chaque génération est proche de sa propre confrontation finale avec la réalité.
En ce sens, l’urgence n’est jamais trompeuse.
De plus, Jésus n’a jamais enseigné que l’avenir des hommes était garanti.
Le message pratique reste vrai quelle que soit la durée de l’univers.
La repentance est urgente car les occasions sont limitées.
Ce fait ne devient pas faux simplement parce que l’histoire continue.
Objection 5 : « Pourquoi ne pas simplement dire la vérité ?»
Pourquoi ne pas dire :
« Le monde continuera d’exister pendant très longtemps, mais vous devez tout de même vous repentir car votre propre mort peut survenir de façon inattendue. »
Ne serait-ce pas plus honnête ?
Ma réponse
Car un tel message serait pédagogiquement moins efficace.
Les êtres humains ont naturellement tendance à penser que les avertissements concernent quelqu’un d’autre.
Si l’on dit aux gens que l’histoire a encore des milliers d’années devant elle, beaucoup en concluront qu’il n’y a aucune raison d’agir d’urgence aujourd’hui.
Toute la force psychologique de l’avertissement disparaît.
Jésus s’est toujours attaqué à la complaisance.
Son enseignement détruit sans cesse l’illusion que demain nous appartient.
Il ne s’agissait pas de rassurer sur le temps restant.
Il s’agissait de remettre en question l’idée même que nous soyons maîtres du temps.
Objection 6 : « Votre interprétation donne l’impression que Jésus était un philosophe plutôt qu’un prophète.»
Un philosophe enseigne des principes.
Un prophète révèle des réalités divines.
Votre point de vue semble abolir la distinction.
Ma réponse :
La distinction ne se situe pas entre enseigner et révéler.
La distinction réside dans la source de l’enseignement.
Un philosophe recherche la vérité.
Un prophète présente la vérité avec l’autorité divine.
Le prophète demeure un enseignant.
En réalité, Jésus a consacré l’essentiel de son ministère à enseigner plutôt qu’à prédire.
Les paraboles, les sermons, les réprimandes, les conversations et les enseignements pratiques dominent les Évangiles.
L’image de Jésus comme enseignant ne réduit pas son rôle.
C’est l’une des caractéristiques les plus évidentes de son ministère.
Objection 7 : « La doctrine de l’imminence perd tout son sens si chaque génération entend le même avertissement.»
Si deux mille ans passent et que l’on continue d’annoncer que la fin est proche, cet avertissement ne perd-il pas toute crédibilité ?
Ma réponse
Seulement si l'avertissement est compris comme un compte à rebours.
Mais l'enseignement de Jésus s'apparente davantage à un appel à la vigilance.
Il ne s'agit pas de dire :
« L'événement aura lieu demain.»
Il s'agit de dire :
« Vous n'êtes pas en mesure de supposer qu'il n'aura pas lieu.»
Ce sont deux affirmations très différentes.
La première est une prédiction.
La seconde est une attitude.
Et la seconde reste tout aussi valable aujourd'hui qu'il y a deux mille ans.
Objection 8 : « Si seul le Père connaît le jour et l'heure, pourquoi Jésus parlerait-il avec autant d'urgence ?»
L'incertitude n'inciterait-elle pas à la prudence plutôt qu'à l'urgence ?
Ma réponse
Bien au contraire.
C'est précisément l'incertitude qui crée l'urgence.
Si la date était connue et se situait à des siècles, la vigilance pourrait être reportée.
Si la date demeure inconnue, la vigilance devient une obligation permanente.
L'affirmation selon laquelle seul le Père connaît le jour n'atténue en rien l'appel à la vigilance.
Cela la renforce.
Ignorer la date d'un événement est précisément la raison pour laquelle la préparation ne peut être différée.
Objection 9 : « Vous ignorez la prescience divine.»
Dieu connaît certainement déjà la date exacte de la fin. Pourquoi ne pas simplement la révéler ?
Ma réponse :
Parce que connaître la date compromettrait le but éducatif.
L'objectif n'est pas de satisfaire la curiosité.
L'objectif est de cultiver la fidélité.
Les élèves ne se préparent pas de la même manière à un examen lorsqu'ils savent précisément quand chaque question sera posée.
De même, la préparation spirituelle perd beaucoup de son sens lorsque l'on peut la reporter sans risque jusqu'à l'approche d'une date butoir annoncée publiquement.
Le fait que la date soit cachée sert la leçon.
Objection 10 : « Alors, que cherchait réellement à accomplir Jésus ?»
Si son but n'était pas principalement une prédiction chronologique, quel était-il ?
Ma réponse :
Il cherchait à détruire l'illusion la plus tenace de l'humanité :
L'illusion qu'il y aura toujours plus de temps.
Tout dans l'enseignement de Jésus s'oppose à cette idée reçue.
Le riche insensé qui fait des projets pour demain.
Le serviteur qui tarde.
Les jeunes filles qui remettent à plus tard leurs préparatifs.
L'invitation sans cesse ignorée.
Le maître qui arrive à l'improviste.
Le point commun est indéniable.
Jésus appelle chacun à vivre aujourd'hui en tenant compte de la réalité ultime.
Ce qui l'intéresse, ce n'est pas tant de savoir si l'on est capable de prédire l'avenir.
Ce qui l'intéresse, c'est de savoir si l'on cessera enfin de remettre à plus tard ce que l'on sait devoir faire.
C'est pourquoi l'urgence demeure intemporelle.
Chaque génération croit avoir plus de temps.
Chaque génération découvre que ce n'est pas le cas.