Thèse :
L’enseignement de Jésus sur le divorce (Mt 5,31-32 ; 19,3-9) est avant tout un avertissement à celui qui prend l’initiative du divorce, car cette personne entraîne autrui dans une situation d’adultère qu’il n’a pas choisie. Les interprétations courantes qui blâment la femme remariée ou son nouvel époux méconnaissent fondamentalement le texte, le contexte culturel et le cadre moral cohérent de Jésus.
1. Argument fondé sur le langage de Jésus : Celui qui divorce « l’oblige » à commettre l’adultère.
Argument courant :
La femme divorcée et l’homme qui l’épouse sont adultères par leur propre faute.
Réponse :
Jésus dit que celui qui divorce « l’oblige à commettre l’adultère » (ποιεῖ αὐτὴν μοιχευθῆναι).
Il s’agit d’un langage causal. Il ne dit pas exactement ceci :
- « Elle commet l’adultère »,
- « Elle choisit l’adultère »,
- ou « Le nouveau mari est le principal coupable ».
Il dit :
La personne qui divorce est l’agent. La personne qui divorce est la cause.
Si l’action de A contraint B à l’adultère, la responsabilité morale incombe à A.
Toute autre interprétation contredit le sens clair du verbe.
2. Argument fondé sur le contexte historique : Une femme divorcée n’avait pas le choix.
Argument dominant :
La femme ne devrait pas se remarier ; elle devrait rester célibataire pour éviter l’adultère.
Réponse :
Ceci est historiquement faux.
En Judée du Ier siècle :
- Une femme divorcée était socialement vulnérable,
- économiquement précaire,
- et souvent incapable de survivre sans se remarier.
Le remariage n’était ni un acte de « luxure » ni une « rébellion ».
C’était une question de survie.
Ainsi :
- Elle ne commet pas l’adultère de son plein gré ;
- Elle y est contrainte par le renvoi de son mari divorcé.
Jésus blâme celui qui crée la situation,
et non celle qui tente d'y survivre.
3. Argument tiré de l'éthique de Jésus : Il protège toujours les vulnérables et confronte les pharisiens.
Affirmation courante :
Jésus blâme le couple remarié pour l'adultère.
Réponse :
Cela contredit toute la position morale de Jésus.
Jésus, de façon constante :
- défend les vulnérables (femmes, veuves, opprimés),
- confronte l'élite religieuse masculine pharisaïque,
- réprimande ceux qui font du mal en se croyant innocents.
La cible de Jésus est toujours le puissant qui abuse de son pouvoir,
jamais le faible qui en subit les conséquences.
Ainsi :
C'est le divorcé – généralement un homme ayant l'autorité légale – que Jésus réprimande, et non la femme qui doit se remarier pour se protéger.
La blâmer revient à inverser l'éthique de Jésus.
4. Argument fondé sur le principe de la « trébuchement » : Faire pécher autrui est pire que le péché personnel.
Argument courant :
Le couple remarié porte la faute.
Réponse :
Jésus enseigne explicitement que faire pécher autrui est l’une des offenses les plus graves :
- « Malheur à celui par qui la chute arrive !»
- « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une meule de moulin autour du cou… »
Celui qui divorce crée :
- une situation sociale qui force au remariage,
- une situation morale qualifiée d’« adultère »,
- une pierre d’achoppement spirituelle.
Ainsi, la culpabilité de celui qui divorce ne se limite pas à l’adultère ;
elle constitue le péché bien plus grave de faire chuter autrui.
Ceci correspond parfaitement à la sévérité de Jésus envers ceux qui prennent l’initiative du divorce et explique sa fermeté.
5. Argument de cohérence logique : L’interprétation dominante rend Jésus contradictoire et injuste
Argument dominant :
La femme divorcée et son nouveau mari sont adultères, tandis que le divorcé est innocent tant qu’il ne se remarie pas.
Réponse :
Ceci crée un scénario illogique et moralement absurde :
- L’homme qui détruit le mariage est « innocent » s’il reste célibataire.
- La femme qu’il a abandonnée devient coupable simplement pour avoir survécu.
- L’homme qui la sauve de la pauvreté devient coupable pour sa compassion.
Cela ferait de Jésus un moraliste absurde, punissant la compassion et récompensant la cruauté irresponsable.
Or, Jésus n’est ni illogique ni injuste.
La seule interprétation qui corresponde à sa cohérence morale est la suivante :
Le divorcé est la cause et donc le seul responsable.
6. Argument fondé sur le style rhétorique de Jésus : L’hyperbole vise les complaisants, non les désespérés
Jésus utilise souvent des expressions percutantes et choquantes pour secouer les cœurs endurcis :
- « Coupe-toi la main… »
- « Arrête-toi l’œil… »
- « Tu filtres le moucheron et tu avales le chameau… »
Son but est toujours de briser l’autosatisfaction.
Ainsi, lorsqu’il dit que la femme remariée « commet l’adultère », il s’adresse à :
- celui qui a divorcé et l’a mise dans cette situation,
- celui qui se félicite d’obéir à la loi,
- celui qui feint l’innocence tout en causant du tort.
Il s’agit d’une rhétorique prophétique qui bouleverse les traditions,
et non d’une accusation littérale contre les opprimés.
7. Argument fondé sur la dynamique du repentir : Celui qui a divorcé doit porter la stigmatisation qu’il a infligée.
Mon interprétation :
Le véritable repentir exige de l’humilité. Celui qui divorce doit subir ce qu'il a fait subir aux autres.
Les interprétations courantes ignorent totalement cela :
elles laissent le divorcé dans un confort moral et font peser le fardeau sur autrui.
Mais la logique de Jésus est toujours la même :
- Les orgueilleux doivent s'abaisser.
- Ceux qui imposent des fardeaux doivent les porter.
- Ceux qui font trébucher doivent s'incliner avant d'être guéris.
Ainsi, si la réconciliation a lieu, celui qui divorce doit accepter la même stigmatisation qu'il a infligée auparavant.
Alors seulement, l'orgueil est vaincu et la miséricorde naît.
8. Argument de résonance coranique
Il ne s'agit pas d'un appel à l'autorité, mais à une structure parallèle :
- La « triple règle du divorce » coranique oblige celui qui divorce à vivre avec les conséquences de son acte.
- La réconciliation n'est possible que par l'humilité et le partage de la stigmatisation.
- Celui qui divorce perd son orgueil et subit une humiliation qui peut mener à la miséricorde.
Cela fait écho à la logique sous-jacente de Jésus, malgré les différences théologiques.
Cela confirme extérieurement que le divorcé – et non le couple remarié – est le véritable responsable de la faute morale.
9. Résumé de la défense
Le divorcé porte une culpabilité première et grave car il entraîne autrui dans le péché.
Ceci correspond à :
- La grammaire causale de Jésus
- La réalité sociale du premier siècle
- L’éthique de Jésus consistant à défendre les plus vulnérables
- Ses avertissements sévères contre le péché
- Sa logique de la repentance par l’humilité
- Sa critique de la suffisance masculine
- Le modèle moral inhérent aux traditions juridiques parallèles
La femme remariée est techniquement coupable d’adultère (par nécessité), mais sa responsabilité morale est négligeable.
Le second mari, par compassion, est techniquement coupable d’adultère (par nécessité), mais sa responsabilité morale est négligeable.
Le divorcé est la cause de la chute et, par conséquent, porte la responsabilité morale.